Cher
Kofi Annan, mesdames et messieurs les ambassadeurs, mesdames, messieurs,
Je
voudrais, tout d’abord remercier l’Institut Elcano, le CIDOB, le FRIDE, l’ICEI,
l’INCIPE qui m’ont invité a venir exposer les lignes fortes de la
politique extérieure de mon Gouvernement. Et, aussi, remercier tout
spécialement Kofi Annan pour la présentation qu’il a fait, bien
sûr, mais surtout pour sa présence parmi nous, évidemment
chargée de sens. Son action à la tête des Nations Unies, la
fermeté de ses convictions éthiques et sa défense du droit
ont été et sont toujours, pour nous, un source d’inspiration
constante.
Mesdames
et messieurs,
Je
crois en une politique extérieure engagée, engagée pour
défendre les valeurs auxquelles croient la majorité de la
société espagnole ; engagée partout où notre
présence peut être significative. J’ai la conviction qu’une
politique extérieure ainsi conçue est la mieux à
même de défendre les intérêts de notre pays :
les intérêts d’une puissance moyenne qui occupe une place
stratégique particulière dans notre monde multipolaire ; les
intérêts d’une nation appelée à tenir un rôle
croissant au sein de
la
Communauté
internationale si elle sait faire valoir,
avec sa capacité de dialogue et de persuasion, sa condition de pont
entre les régions, entre les cultures et entre pays riches et pays
pauvres. Je crois en la politique extérieure d’un Gouvernement
progressiste, pensée et pratiquée comme une politique d’Etat,
c’est à dire comme une politique au service de l’ensemble de la
société espagnole et non pas seulement « pour » elle,
mais conçue et mise en oeuvre « avec » elle, avec tous les
acteurs, tant publics que privés.
Je
crois en une politique extérieure qui puise ses racines dans la
politique développée depuis
la Transition
démocratique, avec cette continuité qui nous renforce en tant que
pays et qui reflète la volonté majoritaire des dernières
générations d’Espagnols.
Je
crois, donc, en une politique naturellement et profondément
européenne, une conception historique de grande envergure pour nous, qui
nous fait nous sentir à l’aise et efficaces lorsque nous savons pousser
l’Union dans la bonne direction ; en une politique extérieure
naturellement latino-américaine contribuant à la consolidation de
la démocratie, au progrès et à l’institutionnalisation de
la Communauté
des pays latino-américains ; en une politique extérieure
intelligente et respectueuse de nos voisins, en particulier du Maroc,
dépassant le cadre régional jusqu’à intégrer nos
rapports avec les Etats-Unis et renforçant tout ce qui nous unit, c’est
à dire, beaucoup de choses, car c’est bien cela qui est le plus
important pour la reconnaissance amicale et sincère entre nos deux pays.
Voilà
donc les vecteurs classiques de la politique extérieure de l’Espagne
démocratique que je veux entretenir et renforcer. Mais, en même
temps, les changements que nous observons nous amènent à
développer d’autres lignes d’action extérieure déjà
ouvertes lors de la précédente législature.
Les
temps nouveaux nous obligent à insister sur les valeurs que nous
défendons et à réfléchir aux lieux où nous
voulons les défendre.
Ainsi,
je crois qu’il est bon que nous exercions plus encore notre
responsabilité en Méditerranée, que nous poursuivions
notre ouverture vers l’Afrique et l’Asie, que nous nous engagions davantage
auprès des organisations et dans les initiatives qui contribuent
à rationaliser la gouvernance internationale. Je pense tout
particulièrement aux Nations Unies et à ses actions.
Je
crois en une politique extérieure reflétant clairement les
défis que les Espagnols se sont donnés. Je veux que nous ayons,
à l’intérieur comme à l’extérieur, le même regard
tourné vers l’avenir, la même conscience d’être un pays qui,
après trente ans d’un parcours démocratique éminemment
réussi, a réussi à se placer, tout naturellement, parmi
les nations les plus développées d’Europe et du monde. Et
aujourd’hui, nous pouvons nous fixer de nouveaux objectifs.
Je
crois en une politique extérieure où le nom de l’Espagne serait
synonyme de justice, d’humanité et de solidarité partout dans le
monde.
Je
crois, donc, fondamentalement, en une politique extérieure qui soit une
priorité pour tout le Gouvernement, et qui soit constamment soutenue par
le Président du Gouvernement.
Aussi,
je me propose, au cours de prochaines années, de continuer d’assumer la
responsabilité de montrer la route et de donner corps à notre
politique extérieure, au cours d’une législature où les
difficultés économiques réclameront une attention toute
particulière mais qui sera, au plan extérieur, plus facile que la
précédente. J’y crois vraiment et j’ai, ici, aujourd’hui, une
bonne occasion de m’expliquer.
Mon
intervention aura trois parties. Tout d’abord, je signalerai ce que je
considère comme les défis les plus importants en matière
de gouvernance internationale, qui obligent l’Espagne à mener une
politique extérieure engagée.
Ensuite,
j’aborderai un grand défi qui, justement parce qu’il est
spécifique, mérite qu’on le traite à part : je veux
parler de la nécessité, pour notre action extérieure, de
contribuer efficacement à notre croissance économique et à
une meilleure gouvernance de la globalisation, à partir du constat
simple de l’importance des investissements espagnols dans le monde.
Enfin,
je passerai en revue les théâtres de la politique
extérieure de l’Espagne.
Tout
d’abord, donc, les grands défis actuels de la gouvernance
internationale. A mon sens, il y en a quatre, par ordre de
priorité : la lutte contre la pauvreté, contre la
misère extrême dans le monde ; la promotion de la paix face
à l’insécurité et au terrorisme ; la bonne gestion de
migrations ; enfin, le changement climatique et l’énergie.
Lutte
contre la pauvreté
La
lutte contre la pauvreté, contre la faim, la misère extrême
et la maladie, qui frappent tant de millions de personnes dans le monde, a
cessé d’être une préoccupation relativement secondaire des
grands acteurs internationaux pour devenir une question primordiale pour le
monde entier. Ce qui n’était qu’un vague souci dans la conscience
internationale est aujourd’hui un impératif éthique, avec toutes
les conséquences qui en découlent. Auparavant, cela donnait lieu
à des conflits locaux. Aujourd’hui, nous voyons que c’est un facteur
structurel d’instabilité.
Tout
d’abord, disons que l’Espagne se sent pleinement concernée par ce
changement de paradigme moral et politique de la lutte contre la
pauvreté et qu’elle l’assume intégralement, pleinement. Nous
sommes face à un défi formidable de solidarité entre les
peuples ; un défi formidable lancé à la conscience de
notre propre dignité en tant qu’êtres humains ; un défi
qui à notre protée ; un défi qui est à la base
même de l’objectif de tout pays développé : l’objectif
de consacrer 0,7% du PIB à l’aide au développement ; un
objectif que s’est donné l’Espagne ; un objectif assumé par
mon Gouvernement, un objectif qui appartient à notre
société, solidaire et responsable ; un objectif que nous
atteindrons, comme nous avons atteint celui de doubler en quatre ans notre aide
au développement, jusqu’à atteindre 0,5%de notre PIB.
Atteindre
les Objectifs du Millénaire est et restera l’un des axes de l’action de
mon Gouvernement. Nous y consacrerons, à partir de 2009, 50% de notre
aide au développement.
Il
y a deux semaines, au sein de l’a Conférence organisée par
la FAO
à Rome, je me suis
engagé, au nom de l’Espagne, à accueillir, à l’automne,
une Conférence de Haut Niveau sur la crise alimentaire qui fera suite
à celle de Rome et qui aboutisse à des engagements concrets, plus
d’engagements concrets, comme ceux assumés par l’Espagne, pour affronter
cet énorme défi.
Même
dans les circonstances actuelles, il ne peut y avoir d’autre horizon pour les pays
développés que l’augmentation des dépenses de
coopération et une coordination efficace des efforts.
Construction
de la paix
Le
deuxième défi que l’Espagne assume pleinement, c’est celui de la
construction de la paix.
Le
monde a besoin d’être mieux gouverné et de se concerter davantage
pour construire une paix durable et juste. Préserver les
générations à venir contre le fléau de la guerre
était l’un des mandats des nations Unies. Mais ce ne sont souvent pas
des armées régulières qui s’affrontent sur les champs de
bataille. Ce sont plutôt des forces à mi chemin entre la
guérilla, le terrorisme et le crime organisé. Les conflits
frappe, aujourd’hui, fondamentalement les populations civiles : dans les
conflits, 9 morts sur 10 sont des civils.
Il
faut de nouveaux moyens face aux nouveaux conflits et à leurs causes.
Les nouvelles règles de gouvernance dont nous avons besoin pour
promouvoir efficacement la paix exigent une vision globale de la
sécurité humaine ; elles exigent des démocraties
fortes, des Etats engagés dans la défense des droits de l’homme
et une communauté internationale vigilante, active auprès des
Etats faibles qui sont à peine capables de contrôler leur propre
territoire.
Nous
l’avons vu en Somalie et dans d’autres régions d’Afrique. C’est pour
cela que nous sommes en Bosnie-Herzégovine, en Afghanistan et au Liban
où hier encore, nos soldats ont payé un fort tribut. C’est
pourquoi nous y resterons : pour nos partenaires, pour la paix et la
sécurité, pour nous-mêmes.
Lorsque,
à l’origine d’un conflit, il y a un excès de haine, les
instruments existants sont insuffisants. Il faut de nouvelles réponses,
telles que l’initiative de l’Alliance des civilisations, bien accueillie par
les Nations Unies et par l’Union Européenne y qui a, récemment,
reçu l’appui du Secrétaire Général de l’Otan et
celui des pays du Conseil de Coopération du Golfe. Au cours de cette
législature, nous nous efforcerons particulièrement de consolider
la tâche accomplie par son Haut représentant, Jorge Sampaio, et de
susciter les Plans nationaux qu’une dizaine de pays ont déjà
élaborés pour introduire dans l’action gouvernementale et dans la
législation des mesures destinées à encourager l’entente
et le dialogue, et à prévenir l’intolérance.
Je
ne citerai qu’un exemple, celui des Balkans, l’une des zones les plus
touchées par les nouveaux conflits. Avec les Premiers Ministres Erdogan,
Tadic et Karamanlis, nous travaillerons dans cette direction, parce que les
Plans nationaux de l’Alliance des civilisations de
la Turquie
, de
la Serbie
, de
la Grèce
et de
l’Espagne, conjointement avec ceux que sont en train d’élaborer d’autres
pays comme
la Roumanie
,
la Bulgarie
et l’Albanie, peuvent être un bon instrument de diplomatie constructive
et préventive.
Nous
ne vaincrons pas le terrorisme international, qui nous frappe avec tant de
violence, comme le 11 mars 2004 à Madrid, en l’abordant comme une
guerre. Il faut faire preuve de conviction et de fermeté internes mais
également, sans aucun doute, de coordination internationale. La
contribution de l’Espagne peut être très utile car nous sommes
l’un des pays les plus efficaces dans cette lutte et nous le sommes de la seule
façon possible : dans le respect de l’Etat de droit et de la
légalité internationale.
Dans
l’architecture globale de sécurité, les organisations
régionales doivent continuer de jouer un rôle important et,
à mon sens, l’OTAN continue d’être, près de 60 ans
après sa création, une alliance nécessaire et utile, car
elle repose sur des valeurs solides, que nous partageons.
Gestion
ordonnée des migrations
Gestion
des migrations. Aujourd’hui encore, près de deux millions de nos
compatriotes vivent hors de nos frontières. Parmi tous les publics
auxquels j’ai eu l’occasion d’expliquer notre politique en matière de
migrations, ils sont ceux qui montrent le plus nettement leur appui à
une vision de l’Espagne en tant que pays disposé à recevoir tous
ceux à qui, dans le respect de nos lois, nous pouvons offrir du travail
et des conditions de vie dignes.
Le
phénomène des migrations exige un gros effort de dialogue, de
coopération et de gouvernance concertée. A mon sens, il n’y a pas
encore assez de cadres pour un travail conjoint au sein de
la Communauté
internationale. Pour l’instant, juste un début de mise en commun des
politiques et la tentative de construction d’une politique européenne
commune, entamée en 2005. On oublie trop souvent que, lorsque nous avons
mis en marche le processus de régularisation, ce cadre européen
n’existait pas et que l’Espagne en a été le principal acteur.
En
Europe et aux Nations Unies, l’Espagne ne ménage pas ses efforts et
défend des lignes d’actions qui sont déjà bien
installées chez nous : en premier lieu, pour garantir la
coopération avec les pays d’origine et les pays de transit, dans une
approche globale du problème, ce qui constitue la première marche
pour une bonne gestion des flux migratoires ; deuxièmement, pour
susciter la lutte contre les mafias de l’émigration clandestine, la
principale menace non seulement pour les émigrants mais aussi pour les
pays où elles opèrent ; troisièmement, pour garantir
la protection des frontières nationales face à l’immigration
illégale et les possibilités d’expulsion et de
rapatriement ; enfin, pour établir des systèmes efficaces de
protection des personnes qui se déplacent et des réfugiés,
en favorisant leur intégration.
A
partir de ces prémices, je me propose de convoquer, après ce qui
sera ma première tournée africaine de cette législature,
avec le Président Wade, du Sénégal, et
la Communauté
de l’Afrique Occidentale, une Réunion régionale de haut niveau
pour aborder le cadre économique, l’agriculture, les infrastructures,
les flux migratoires, le développement et le renforcement des
institutions, l’intégration régionale et l’énergie.
Le
changement climatique et l’énergie
Mesdames
et messieurs,
Le
changement climatique peut être très coûteux pour
l’économie mondiale. D’après le rapport Stern, il pourrait
représenter de 5 à 20 du PIB, mais en termes de vies humaines, il
est infiniment plus grave. Le défi consiste à en faire l’occasion
d’un changement, d’une transformation vers un modèle de croissance
économique et sociale durable en matière d’environnement, de
santé et de bien être social. Pour moi, donc, la priorité
essentielle pour l’Espagne, c’est le respect des engagements pris dans le cadre
du protocole de Kyoto, en pariant sur les énergies renouvelables et les
économies découlant d’une meilleure efficience
énergétique.
Les
pays avancés doivent aider les pays en voie de développement dans
leur processus d’adaptation aux risques dérivés du changement
climatique. L’Espagne augmentera le pourcentage de sa coopération pour
mitiger les effets de ce changement et pour l’adaptation à ce changement
des pays les plus vulnérables.
De
même, l’Espagne encouragera la création d’une Agence
Internationale des Energies Renouvelables. Le 30 juin, je serai au Danemark, un
pays qui est en avance dans ce domaine, et j’ai convenu avec le Premier
Ministre Rasmussen que ce voyage sera centré sur cette initiative, sur
les énergies renouvelables, en montrant l’engagement conjoint de nos
deux pays. Je me propose donc de placer l’Espagne en tête en
matière d’énergies renouvelables.
Comme
vous le savez, la globalisation incontrôlée, l’instabilité
eu Proche Orient et la spéculation produisent de graves distorsions dans
le domaine de l’énergie, qui exigent de prendre des mesures de
sécurité énergétique, non seulement pour garantir
l’approvisionnement, mais aussi pour garantir un approvisionnement à des
prix raisonnables.
Je
viens de rencontrer, cet après-midi, le Ministre des Affaire
Etrangères de l’Arabie Saoudite, le premier producteur de brut du monde,
comme j’avais rencontré la semaine dernière
la Président
du
Mexique, un autre gros producteur. Et j’ai également abordé la
question avec le Président Sarkozy, avec lequel nous sommes convenus de
nous concerter et de conjuguer nos efforts au sein de l’Union
Européenne.
Il
est temps de travailler à une politique extérieure sensée
pour réduire les risques géopolitiques. C’est pourquoi je
répète que la crise avec l’Iran doit être résolue
avec fermeté, certes, mais par le dialogue. De même, nous
continuerons de dialoguer avec les grands producteurs latino-américains
pour faire en sorte que l’énergie soit un facteur d’intégration.
De
la même manière, nous renforcerons notre propre production
d’énergie en pariant résolument sur les énergies
renouvelables et l’interconnexion avec nos voisins. Et nous diversifierons nos
approvisionnements. Pour ce faire, nous avons bien avancé dans nos
négociations avec l’Algérie,
la Libye
, le Qatar, l’Arabie Saoudite et
la Bolivie
, ces
dernières semaines.
L’économie
La
politique extérieure, c’est aussi l’économie. Et cela sera de
plus en plus le cas.
L’économie
internationale a connu une époque de bonne croissance, mais pendant
cette période, de gros déséquilibres se sont
également accumulés à l’échelle mondiale.
L’abondance de liquidités a suscité le développement de
marchés et de produits financiers de plus en plus sophistiqués,
de risques insupportables, d’espoirs de bénéfices
exagérés et la création de dangereuses
« bulles » financières. Et les prix du pétrole, des
autres matières premières et de certains aliments augmentent de
façon spectaculaire. La conséquence, c’est moins de croissance,
plus d’inflation, plus d’inégalités, et surtout, plus grave
encore, des centaines de millions de personnes en plus qui vont connaître
la faim et la malnutrition dans le monde.
Nous
assistons à la première fracture économique de la
globalisation et peu nombreux sont ceux qui doutent désormais que le
système financier international a besoin de sérieux ajustements.
Face
au protectionnisme égoïste, nous sommes partisans des
échanges sur un pied d’égalité. Au lieu de
barrières, nous voulons des ponts. Face à ceux qui croient aux
coupes sombres en matière sociale, nous voulons et nous pouvons adapter
l’Etat aux nouvelles circonstances, mais sans renoncer à nos objectifs.
Face à la déréglementation, nous voulons des règles
claires et efficaces pour que le marché développe tout son
potentiel sans renoncer aux principes de transparence, d’équité
et de justice.
Mais
aucun pays, aussi grand soit il, ne peut affronter ces défis tout seul.
Pour gouverner la globalisation, il faut construire du consensus,
définir des stratégies et préparer les instruments
à l’échelle mondiale.
Au
sein de l’Union européenne, nous voulons conduire des initiatives pour
renforcer et adapter, quand il le faudra, le cadre actuel des institutions
multilatérales pour les mettre au service de ces objectifs. Contribuer
à gouverner la globalisation avec notre politique extérieure
mais, aussi, soutenir avec elle nos entreprises, car l’Espagne est
désormais le 3° investisseur mondial, le troisième !, juste
derrière les Etats-Unis et
la
France
; parce que notre croissance économique se
joue de plus en plus à l’extérieur et parce que, si nous
traversons des difficultés économiques, il faut profiter de
toutes les opportunités, surtout à l’extérieur.
Les
entreprises espagnoles ont acquis une solidité telle dans certains
secteurs que nous n’aurions pas pu l’imaginer il y a quelques années
encore. Elles sont leaders en énergies renouvelables, en
désalinisation, en télécommunications, dans le secteur
financier, en tourisme, dans les concessions de transports, et nous voulons
renforcer cette position. Il y a encore de la marge pour améliorer la
capacité d’exportation de nos entreprises y je m’engage à
introduire des mesures pour l’augmenter, pour ouvrir de nouveaux
marchés, pour consolider leur internationalisation, pour construire le
plus ambitieux des réseaux d’accords de protection des investissements
de toute notre histoire et susciter une plus grande sécurité
juridique.
Nous
travaillons aussi pour attirer les investissements directs en Espagne, y
compris les fonds souverains, par le dialogue avec les investisseurs et dans la
transparence, et pour diffuser une image attractive et solide de notre
économie.
Je
vous souligner, en outre, l’importance de
la Responsabilité
Sociale
Corporative. La prie de conscience dans les
entreprises en matière d’environnement, d’égalité des
genres, de respect des droits de l’homme et de la solidarité avec les
pays en voie de développement, pour configurer un nouveau modèle
d’éthique d’entreprise coïncide pleinement avec les principes
politiques qui animent le Gouvernement et qui sont présentes dans la
société espagnole.
Zones
géographiques
Lorsqu’il
s’agit d’aborder nos intérêts extérieurs par zones
géographiques, il est indispensable, et plus encore après le
résultat du référendum irlandais, le Ministre des Affaires
étrangères l’a d’ailleurs abordé cet après-midi
avec ses collègues, il est indispensable de commencer par l’Europe.
L’Europe
L’Europe
et l’Europe
Le
résultat du référendum irlandais n’est pas une bonne
nouvelle, mais l’Espagne l’aborde avec des idées claires.
Les
Irlandais se sont prononcés au cours d’un exercice pleinement
démocratique, que nous respectons, c’est certain. Mais, en marge de
considérations juridiques sur les conséquences du rejet du
traité de Lisbonne, les Irlandais doivent comprendre que leur
« non » à un accord qui avait été obtenu
après des négociations dures et complexes ne peut être un
coup de frein aux aspirations de l’immense majorité des Etats membres,
qui veulent avancer vers davantage d’intégration, pour mieux faire face
aux problèmes du XXI° siècle.
Je
veux donc commencer para affirmer ma volonté et mon souhait de continuer
d’avancer, avec détermination, dans l’intégration
européenne Cela veut dire être conscients de ce que nous
respectons l’opinion majoritaire des Irlandais, mais cela veut également
dire qu’on doit aussi respecter la volonté majoritaire
d’Européens d’avoir plus d’Europe.
La
nouvelle, aujourd’hui, ce n’est pas tant que le référendum ait
été perdu en Irlande ; la nouvelle, c’est que, à part
l’Irlande, l’immense majorité des Etats l’ont appuyé et ils nous
ont donné mandat pour poursuivre, car ils comprennent qu’il faut plus
d’Europe.
C’est
le monde qui a besoin d’une Europe plus forte et il faut le dire
clairement : cette Europe forte, cette Europe capable de prendre des
décisions avec efficacité et de peser dans la balance et
d’être importante dans le monde, doit être une Europe plus
intégrée, où l’on renonce au droit de veto et où
l’on admette que des institutions ne fonctionneront pas sur la base de la
représentation nationale mais sur la représentation communautaire
pour prendre des décisions importantes.
Il
est évident que la situation créée nous oblige à
réfléchir également. Les citoyens veulent que nous
débattions de leurs problèmes, ils attendent de l’Europe qu’elle
apporte des solutions et, pour de nombreux citoyens, ce débat sur les
institutions qui dure depuis plus de dix ans, semble bien lointain et, parfois,
incompréhensible. Ils attendent que, lors du Conseil de cette semaine,
nous parlions du « non » irlandais mais surtout que nous nous
occupions de leur légitime inquiétude à propos du prix de
aliments et des carburants, ou des problèmes énergétiques.
Je crois que
la
Présidence
française essaiera aussi
d’empêcher que les questions institutionnelles ne dominent le prochain
semestre et le président Sarkozy peut compter sur mon soutien pour cela.
Nous
ne sommes pas devant une paralysie de l’Union. Je suis en contact très
étroit avec mes homologues des autres Etats membres et nous parlerons en
détail lors du Conseil de jeudi prochain.
Il
est possible et nécessaire d’aller de l’avant ensemble. Je crois que
c’est le mieux, pour tout le monde. C’est pourquoi il me semble
prématuré de lancer un débat sur d’éventuelles
exceptions, sur les différentes vitesses ou les différents statuts au sein de l’Union et, même,
sur les coopérations renforcées ; mais il ne faudra pas
oublier pour autant que, lorsque les politiques européennes marchent
bien, les citoyens comprennent mieux le sens de l’Europe. Et en ce moment, nous
avons besoin de politiques européennes sur de grandes questions, telles
que la lutte contre la pauvreté, le changement climatique,
l’énergie ou l’immigration, qui exigent plus de gouvernance
internationale, au sein de l’Europe et au-delà. Et l’Espagne sera
toujours disposée à avancer dans les grandes politiques
européennes.
En
ce qui concerne la politique européenne de l’énergie, l’Espagne
continuera de travailler au développement d’un marché
européen plus transparent et plus efficace, apportant
sécurité de l’approvisionnement et durabilité.
Concrètement, pour l’Espagne, les interconnexions et
l’homogénéisation des grands acteurs économiques sont
particulièrement importantes, pour que les mêmes règles ne
bénéficient pas à certaines entreprises tandis qu’elles
nuisent à d’autres.
L’Europe
doit également garantir la sécurité des citoyens et
avancer dans le développement de l’Espace de Sécurité, de
Liberté et de Justice. Dans ce domaine, il est bon de souligner
l’engagement de l’Europe dans la lutte contre le terrorisme, que l’Espagne
reconnaît et apprécie sincèrement.
Il
est essentiel d’aller plus loin encore dans le développement de
structures et de capacités, aussi bien civiles que militaires, pour que
l’Europe puisse agir et construire son espace de sécurité. Trois
éléments orienteront l’action espagnole dans ce domaine :
promouvoir la création d’une politique commune de sécurité
et de défense dotée des capacités
nécessaires ; préserver le lien transatlantique
matérialisé par l’Alliance Atlantique, dont nous sommes un
allié ferme et engagé, et développer la collaboration
entre l’Union Européenne et l’OTAN. J’ajouterais volontiers l’engagement
de maintenir les efforts en faveur des Forces Armées espagnoles pour
garantir, bien entendu, notre défense mais aussi pour contribuer
à la défense de l’Europe.
Cette
Europe, nous la construisons tous ensemble, jour après jour, mais, pour
ce qui est de l’Espagne, nous aurons la chance d’assumer de plus grandes
responsabilités lors de notre Présidence, au premier semestre 2010.
Au cours de cette Présidence, nous lancerons un ambitieux programme dont
l’un des objectifs sera le développement des grandes lignes d’action que
je viens d’exposer devant vous.
Mais
notre politique européenne ne peut attendre, de même qu’elle ne
s’arrêtera pas le 30 juin 2010. Nous voulons d’ores et déjà
être avec ceux qui croient le plus en l’Europe et qui veulent faire
avancer le projet d’une union politique, pour une Europe forte et souple,
préservant la solidarité communautaire.
Relations
transatlantiques
Mesdames
et messieurs,
Les
Etats-Unis sont la plus grande puissance militaire et économique, et
même culturelle, et ils le resteront pendant encore des années.
Pourtant, ils ont compris qu’il leur faut absolument des alliés, et une
politique multilatérale. Cette tendance ne fera que s’accentuer dans un
proche avenir, si l’on en juge par les déclarations des deux candidats
à
la
Présidence
, aussi bien Barack Obama que John McCain.
Nous,
particulièrement nous, les Européens, devons contribuer à
développer ce multilatéralisme efficace dans lequel Washington
aura un rôle central – j’en suis persuadé - aussi bien en ce qui concerne la lutte contre
les causes et les conséquences du changement climatique qu’en
matière de nouveau droit international.
Il
faut développer les relations transatlantiques. Ce sera l’une des
priorités de
la
Présidence
espagnole de l’Union Européenne, en
plus du développement de nos relations bilatérales, dans le
respect mutuel et même, s’il le faut, avec nos différences
d’appréciation. Nous avons trop de choses en commun pour pouvoir y
renoncer : depuis les investissements et le commerce réciproque
jusqu’à la langue espagnole, car les Etats-Unis sont en train de devenir, très vite, le premier pays
hispanophone. Ce doit être un objectif fondamental de notre action
politique, économique et culturelle des prochaines années.
L’Afrique
et l’Asie
Je
veux citer particulièrement ces deux régions du monde qui ont
désormais un caractère prioritaire et structurel si marqué
qu’on peut les qualifier de nouveaux axes de la politique extérieure
espagnole : l’Afrique et l’Asie.
Un
proverbe africain des bords du fleuve Niger dit que « la rivière
est grande mais elle a toujours besoin d’une goutte d’eau ». L’effort
solidaire international en faveur de l’Afrique est considérable, mais il
n’est pas suffisant. La lutte pour la survie a, en Afrique, une
résonance différente, mais la bataille pour la dignité de
l’être humain est la même partout, et, aujourd’hui, cette bataille se joue particulièrement
en Afrique, avec l’Afrique.
Le
meilleur exemple pour poursuivre cet effort, c’est la lutte des Africains
eux-mêmes, de beaucoup de leurs Gouvernements et organisations. Nous ne
devons pas regarder ce continent avec paternalisme car beaucoup d’initiatives
sur lesquelles nous pouvons travailler sont issues de l‘Afrique
elle-même, dans les milieux politiques, économiques et culturels,
dans le développement, dans la promotion de la démocratie et des
droits de l’homme.
Notre
engagement à l’égard de l’Afrique sera encore augmenté au
cours de la présente législature, avec un nouveau Plan Afrique
qui s’étalera sur quatre ans ; avec une plus grande présence
et du dialogue ; avec l’ouverture de nouvelles ambassades et de nouveaux
bureaux commerciaux, et une coopération à laquelle nous donnerons
davantage de ressources. J’encouragerai personnellement ce travail. Au cours de
la présente législature, je ferai au moins trois tournées
en Afrique.
Nous avons décidé de mener une
politique non pas pour l’Afrique, non pas en direction de l’Afrique, mais avec
l’Afrique. Je crois que les Africains nous perçoivent comme un pays qui
les comprend, qui comprend les graves problèmes de leur continent :
d’économie, de morts quotidiennes à cause de maladies telles que
le paludisme ou le sida ; d’absence d’approvisionnement, d’aliments,
d’eau ; de conflits, de dépenses d’armement ; de mauvais
gouvernement, et aussi, d’indifférence et de promesses non tenues par de
nombreux acteurs de
la
Communauté
internationale.
L’Afrique
et les Africains méritent un autre sort, un autre destin, et je veux que
la société espagnole s’y
implique davantage, y réfléchisse davantage, qu’elle voie
l’Afrique avec solidarité, avec responsabilité et avec espoir.
Je
concentrerai cet effort sur l’Afrique Occidentale ; sans oublier
la Guinée
équatoriale ; et le Sahel, où nous sommes
préoccupés par les violations des droits de l’homme, par exemple
au Darfour ; et l’instabilité au Tchad ; la présence
d’Al Qaeda…, même s’il y a d’autres cas, comme le Mali, où la
démocratie est en train de s’imposer face aux difficultés.
Il
faut que ce soit un effort collectif. Aujourd’hui, la première urgence
en Afrique, outre la fourniture d’aliments face à la crise où
nous nous trouvons, c’est l’aide à l’agriculture. Des initiatives comme
la « révolution verte », de Kofi Annan, sont, donc,
particulièrement fortes. Mais il faut aussi travailler dans d’autres
domaines. Je sais que de nombreux chefs d’entreprise espagnols ici
présents partagent ma vision de choses, et en Afrique, il y aura de plus
en plus de possibilités de bons investissements.
Tout
aussi importante est la réflexion sur les politiques qui peuvent
être menées au sein de l’Union européenne et dans le cadre
de l’OMC pour augmenter les
possibilités d’exportation des pays africains.
Mesdames
et messieurs,
En
ce qui concerne le continent asiatique, je voudrais tout d’abord manifester
notre solidarité avec les victimes du tremblement de terre du Sichuan,
comme je l’ai déjà fait, au nom de tous les Espagnols, mercredi
dernier, auprès du Premier Ministre Wen Jiabao.
Mais
mon regard sur l’Asie est beaucoup plus vaste et beaucoup plus positif. Ce
continent est un grand centre de gravité politique et économique.
Si notre pays veut être véritablement global, s’il ne veut pas
rater le train de l’économie internationale, il doit faire ses preuves
en Asie, malgré son retard.
Nos
priorités seront, non seulement les grandes économies telles que
la Chine
, l’Inde, le Japon,
la Corée
du Sud,
Singapour, l’Indonésie ou les pays qui dépendent de la
coopération internationale, comme le Vietnam, le Cambodge ou Timor, mais
aussi les pays qui dépendent d’efforts politiques particuliers, comme
l’Afghanistan ou le Pakistan. Et aussi les pays avec lesquels nous entretenons
de rapports historiques, comme les Philippines, ou encore la région du
Pacifique, où nous sommes en train de réaliser d’importants
projets commerciaux et d’investissement avec deux pays de plus en plus
proches : l’Australie et
la Nouvelle Zélande.
Je
me propose de réaliser trois voyages en Asie au cours de cette
législature. Nous sommes en train d’élaborer un nouveau Plan
Asie-Pacifique, plus d’ambitieux et plus présent, pour déployer
notre présence en Asie et je serai à la tête de ce travail
dans lequel tout le Gouvernement est d’ores et déjà
impliqué. Je suis persuadé que toute la société civile et les autres administrations
espagnoles le seront également.
La
Méditerranée
et le monde
arabe
La
Méditerranée
, c’est une
grande partie de notre histoire et de notre présent ; mais, surtout,
une grande partie de notre avenir.
Nous
devons remercier le Président Sarkozy d’avoir lancé le
débat sur la nécessaire réforme du Processus de Barcelone.
En 2010, nous fêterons le 15° anniversaire de
la Conférence
de Barcelone. Ce sera l’occasion de réfléchir en perspective.
Nous devons profiter de cette occasion pour apporter des propositions
ambitieuses.
Certains
des grands défis internationaux, comme l’énergie, l’immigration
ou le terrorisme, ont été et sont toujours présents dans
cette région. Mais, simultanément, il s’agit d’une région
d’avenir, avec des pays qui sentent que l’Europe fait partie de leur avenir.
Il
y a quatre axes sur lesquels nous devons travailler en
Méditerranée :
-
En premier lieu, une proposition
avec le Président Bouteflika, une proposition que nous soumettrons
à nos partenaires du Processus de Barcelone et d’Union pour
la Méditerranée
afin de promouvoir un Charte euro-méditerranéenne de l’Energie et
du Changement Climatique.
-
En deuxième lieu, le
Président Moubarak, le Président Sarkozy et moi-même allons proposer une initiative
pour établir un cadre spécifique de coopération dans le
domaine de la sécurité alimentaire.
-
En troisième lieu, un
domaine que nous croyons logiquement prioritaire : celui de
l’éducation. Les pourcentages d’analphabétisme de certains de nos
partenaires du Sud atteignent 40%, et même 60% pour la population
féminine. La froideur de ces chiffres reflète la tragédie
d’un échec collectif. C’est pourquoi nous allons proposer, avec le
Maroc, sous l’impulsion décisive du Roi Mohammed VI, une réforme
dans le domaine socioculturel et éducatif au plan
euro-méditerranéen, avec une attention toute particulière
pour l’éducation et pour la femme, afin de permettre une réduction
significative et plus rapide dans le cadre des Objectifs du Millénaire.
-
En quatrième lieu, je crois
que le cadre budgétaire européen actuel pour
la Méditerranée
n’est pas à la hauteur des besoins et de l’ambition qui doit être
la nôtre à l’égard de cette région. Aussi vais-je
proposer de l’augmenter de façon significative et, pour cela, je suis en
contact très étroit avec les Présidents Sarkozy et
Socrates, avec le Premier Ministre Berlusconi et avec le Premier Ministre grec,
M. Karamanlis, que j’irai rencontrer le mois prochain.
Ce
travail sera renforcé par nos contacts très intenses avec les
pays du Maghreb et du Moyen Orient, où je me rendrai pour resserrer nos
liens, non seulement en matière bilatérale mais aussi pour
contribuer, autant que l’Espagne peut le faire, à instaurer la paix dans
cette région du monde et à construire un Etat palestinien qui
vive en paix avec un Etat d’Israël en sécurité.
Le
Maroc et l’Algérie méritent également une mention
spéciale dans mon exposé. Je m’efforcerai de rapprocher leurs
positions, d’entretenir nos bonnes relations et de contribuer à une
solution pour la question du Sahara, comme je le ferai aussi avec
la Tunisie
,
la Mauritanie
et
la Libye.
L’Amérique
latine
Mesdames
et messieurs,
Nous
sommes à moitié américains. Je ne vous parlerai donc pas
de voyages en Amérique latine car une partie de moi-même y est
toujours. En revanche je peux vous dire que je m’y rendrai souvent car je veux
voir l’ensemble de la région au cours de cette législature. Je
serai particulièrement attentif aux Sommets
ibéro-américains, où j’ai le privilège d’avoir
à mes côtés le Roi d’Espagne, dont le rôle est
fondamental dans ces Sommets.
L’Amérique
latine est le continent du futur. Il suffit de voir la présence
politique et la vigueur économique que la région a acquises au
cours des dernières années. J’ai pleinement confiance dans le
potentiel de l’Amérique latine et je suis d’autant plus fier que mon
pays fasse partie de cet espace partagé depuis des siècles.
Précisément,
au cours de cette législature, nous fêterons le bicentenaire des
premières Déclarations d’indépendance
latino-américaines. Voilà une excellente occasion de
débattre ensemble de la période qui s’est achevée et de
celle qui a commencé à ce moment-là. Et le Gouvernement
espagnol veut en débattre avec tous les pays latino-américains.
Notre principal défi, notre
véritable souhait est de transformer ces célébrations,
fondamentalement nationales, en célébrations
latino-américaines, où nous serions solidaires les uns des
autres.
Lors
de mes récents contacts avec des leaders latino-américains, j’ai
vu l’intérêt des processus d’intégration
sous-régionale et régionale, et la volonté affirmée
de consolider les rapports avec l’Union Européenne. Ce rapprochement, la
construction d’un vaste consensus euro-latino-américain pourrait tourner
autour de trois axes : la cohésion sociale et l’investissement, en
particulier dans l’énergie ; la citoyenneté
latino-américaine, en particulier en matière de migrations ;
et l’aboutissement des accords d’association entre l’Union européenne et
l’Amérique centrale,
la
Région
andine et le MERCOSUR. Le Gouvernement espagnol
consacrera tous ses efforts à ce rapprochement entre l’Union
européenne et l’Amérique latine, entre le continent de l’avenir,
l’Amérique latine, et l’Europe, qui doit tenir sa place dans l’ouverture
de nouveaux espaces de développement et de progrès.
Je
peux déjà vous annoncer que, au mois d’octobre, je participerai
à deux réunions dans ce sens : la première, avec les
Présidents andins et le Commissaire européen au Commerce
extérieur, Peter Mandelson, et la seconde avec les Présidents
d’Amérique centrale.
Justement
parce qu’il s’agit de l’Amérique latine, arrêtons nous un
instant : je ne peux laisser de côté la culture, qui est un
élément essentiel pour tout pays qui prétend compter
où que ce soit.
L’évolution
de la diplomatie et des relations internationales confirme que la langue et la
culture sont, avec le Roi d’Espagne, nos meilleurs ambassadeurs au-delà
de nos frontières, non seulement par l’importance des entreprises culturelles
mais aussi par le poids de leur valeur symbolique. 500 millions de personnes
pensent en espagnol. La plupart utilisent l’espagnol pour développer
leurs activités. Notre langue commune continue d’être une langue
pour se comprendre. L’espagnol est aujourd’hui la troisième langue
internationale et la deuxième la plus étudiée.
Il
est curieux de constater qu’un pays disposant d’une langue aussi
répandue et d’une culture aussi attirante ne se soit pas encore
doté d’une stratégie et d’instruments tels que ceux qu’on
réunit désormais sous le nom de « diplomatie
publique ». Il me semble qu‘il y a là une question de la plus
grande importance et c’est pourquoi j’entends inverser cette situation au cours
de la législature. Le Gouvernement va créer une Commission de
Diplomatie Publique, que je présiderai, qui intègrera des membres
du Gouvernement, des représentants de la société civile,
des moyens de communication, du monde de la culture et de l’entreprise,
pour analyser chaque année notre présence dans tous les domaines
et pour proposer nos prochaines lignes d’action dans ce domaine.
Droits
de l’homme et peine de mort
Mesdames
et messieurs,
Vous
savez que, moi et mon Gouvernement, nous tenons à parler le langage des
droits de l’homme en toutes circonstances et dans toutes les régions du
monde ; des droits civils, politiques, sociaux de tous les hommes et de
toutes les femmes.
C’est
pourquoi, le Gouvernement approuvera, comme l’a annoncé
la Vice-présidente
du Gouvernement devant le Congrès des Députés, un Plan
national des Droits de l’homme, avec différents engagements internes et
pour notre action extérieure.
L’un
de ces engagements, immédiat, c’est la lutte contre la peine de mort.
En
2007, en Assemblée Générale des Nations Unies, une
centaine de pays ont voté pour un moratoire universel sur l’application
de la peine de mort. Je sais que cette question touche particulièrement
M. Kofi Annan. C’est une question de la première urgence mais je crois
qu’elle n’a pas été suffisamment entendue et qu’elle mérite
qu’on y revienne et qu’on insiste.
Le
Gouvernement espagnol a déjà pris position devant
la Communauté
internationale pour créer une Commission internationale chargée
de faire en sorte que la peine de mort soit universellement abolie, en partant
de deux mesures concrètes : d’abord, un moratoire effectif
dès 2015 sur l’application de la peine de mort ; ensuite, la
décision, définitive et bien assise, que dans aucun pays du monde
on ne puisse appliquer la peine de mort à des mineurs ou à des
personnes ayant commis des délits alors qu’elles étaient
mineures, et en élargissant cette interdiction aux handicapés
mentaux.
J’invite
ici la société civile, tous ceux qui ont déjà un
rôle significatif dans la lutte contre la peine de mort, comme Amnesty
International ou
la
Coalition
mondiale contre la peine de mort, à
contribuer à cet effort, que le Gouvernement espagnol entend mener
auprès de tous les Gouvernements du monde.
Mesdames
et messieurs,
Dans
mon discours d’investiture, j’ai exprimé mon souhait d’établir un
climat politique serein, en tout cas plus serein que celui de la
précédente législature, un climat fondé sur le
dialogue et le consensus. Parmi les questions prioritaires de ce consensus,
j’ai placé notre politique extérieure et, tout particulièrement,
notre Présidence de l’Union Européenne en 2010. La politique
extérieure est une politique d’Etat et je voudrais, ici,
répéter mon souhait d’aboutir à ce consensus qui nous
rendra plus forts en tant que société et en tant que pays, et qui
renforcera l’action internationale de l’Espagne et sa capacité à
contribuer en faveur d’une société plus prospère et plus
pacifique.
Au
cours des trente dernières années, l’Espagne a réussi, grâce aux
efforts de ses citoyens, à devenir la 8° puissance économique du
monde. Ce bond en avant nous a permis d’améliorer nos conditions de vie.
Il doit aussi nous permettre de garantir notre présence effective dans
le monde et d’augmenter nos possibilités d’influer sur la prise de
décisions au sein de
la Communauté
internationale.
Nous
devons être sur les théâtres traditionnels mais aussi sur
les nouveaux.
Si
nous pensons chaque jour davantage en l’Europe, nous devons aussi nous
impliquer chaque jour davantage en Afrique, en Asie ou en Amérique
latine.
Si
chaque jour notre position se consolide parmi les premiers pays du monde, nous
devons aussi nous engager davantage dans la lutte contre la pauvreté,
dans la construction de la paix et dans l’accès à
l’éducation et à la culture.
Si
nous revendiquons chaque fois plus de liberté et de
sécurité, nous devons également renforcer les institutions
multilatérales et les instruments que nous mettons en œuvre pour
garantir les droits de l’homme, promouvoir l’égalité des genres,
diffuser les valeurs de justice et de solidarité de tout Etat de
droit ; ces valeurs qui fondent la société espagnole et qui,
précisément, sont celles dont
la Communauté
internationale a besoin pour faire face aux graves problèmes de notre
temps.
Voilà
mon idée de l’Espagne et le projet d’action extérieure que nous
entendons développer au cours de quatre prochaines années.
Je
vous remercie.